Enfin un argument recevable pour la suppression de la publicité sur les chaînes publiques de télévision. Il vient du
numéro 20 de Médias, qui reprend TF1 : il s'agissait de concurrence déloyale.
En effet, étant subventionnée, la télévision publique était capable de vendre ses spots moins cher, ou d'en diffuser
moins.
Cependant, on aura maintenant une concurrence déloyale vis-à-vis de l'audience : des chaînes non subventionnées avec
publicité seront face à des chaînes subventionnées sans publicité. Selon un autre article du même dossier de Médias, aucune incidence n’a encore été relevée sur les audiences.
Finalement, le problème n'est-il pas dans la subvention ? Peut-être aussi dans le nombre de chaînes publiques : elles
sont 6 sur les 18 chaînes sur la
TNT nationale gratuite.
Après tout, on pourrait accepter une ou deux
chaînes gouvernementales, comme moyen de communication institutionnelle, et outil d'application d'une politique, culturelle par exemple – bien que je doute du bien-fondé et de l’utilité de tels
dispositifs. Mais qu’elles envahissent ainsi le paysage audiovisuel n’est probablement pas sain pour la liberté d’expression et l’accès à l’information : malgré toutes les bonnes intentions,
elles demeurent des
médias d’État.
Je lisais dernièrement dans la revue « Problèmes économiques », édité
par la très étatique « Documentation
française», un article de l’OFCE
(Observatoire Français des Conjonctures Économiques) au sujet des coûts et impacts du « choc fiscal » de 2007.
Deux erreurs flagrantes me font fortement douter de la fiabilité des analyses et modèles que
cet observatoire peut fournir, et encore plus de ses conclusions.
D’abord, l’analyse des conséquences du crédit d’impôt égal à 20% des intérêts
d’emprunts immobiliers pour la résidence principale. Voici un des raisonnements utilisés : ce crédit ne sera applicable que pendant les 5 premières années du prêt, or les prêts de ce
type s’étalent généralement sur 15 ans ; il faut donc selon cette étude ne considérer qu’un tiers du montant de l’encours de ces prêts pour estimer le montant sur lequel s’appliquera la
mesure. Erreur : dans les 5 premières années, le montant dû est bien plus important que dans les 10 suivantes, puisque le capital est remboursé progressivement (1). L’encours des prêts de
moins de 5 ans représente donc bien plus du tiers de l’encours total.
Deuxième exemple : 75% des sommes versées au capital des PME pourront être
déduites de l’ISF. En conséquence, l’OFCE estime qu’en cas d’utilisation à plein de la mesure, il faut déduire 75% des rentrées de l’ISF pour ceux dont l’impôt ne dépasse pas le montant
plafond (50000€). Erreur encore : il suffira aux contribuables concernés de verser au capital de PME 133% de ce qu’ils doivent au titre de l’ISF pour en déduire 75%, soit 1,33*75% = 100% de
leur impôt.
À la lumière de cet article, peut-on considérer que cet organisme remplit correctement sa
mission, affichée sur son site, « de mettre au service du débat public en économie les fruits de la rigueur scientifique et de l’indépendance
universitaire » ?
Ce qui pose problème ici, c’est que cet organisme vive d’argent public – tout comme
l’éditeur qui reprend son article, d’ailleurs.
En effet, des erreurs sont toujours possibles. Chacun doit choisir le niveau de qualité
recherché pour les informations dont il a besoin. Mais ici, les études n’ont pas besoin d’être vendues : elles sont financées par de l’argent prélevé obligatoirement. Ceux à qui est destiné
l’information ont donc bien moins de pouvoir pour obtenir une information qui les satisfasse.
(1) sauf dans le cas des prêts « in fine », qui reste marginal.
La presse écrite a des difficultés à faire face à la concurrence d’Internet, qui est un
média plus réactif, plus interactif, et moins cher.
Elle doit aussi faire avec le monopole du Syndicat du Livre pour son impression, et le
quasi-monopole des NMPP pour sa diffusion. Cela fait qu’elle consacre, selon la revueMédias, 75% de son budget à « produire, distribuer et détruire son support papier »,
« alors que [son] métier consiste à produire de l’information ».
L’utilisation depapier
électroniquedevrait donc lui permettre de diminuer fortement les coûts, tout
en consacrant une plus grande partie de ses ressources à l’information. Il reste à trouver la formule qui convaincra les lecteurs d’adopter ce nouveau moyen de communication.